L’odeur du café grillé chatouillait le nez. C’était signe avant-coureur du crépuscule à Toamasina. Les hommes au bord des cases revêtaient le lamba traditionnel des courtes soirées qui, faute d’électricité, étaient destinées à mourir à la tombée de la nuit. Avec ce pagne ceint autour de leur taille, ils avaient l’air de rois d’une époque ancienne. Les requins, non loin de là, au creux de l’océan indien, affûtaient leurs crocs dans l’espoir d’un festin vespéral. Les plages luisaient des feux du couchant, annonciatrices du sang que vénèrent les prédateurs. Les échoppes en bois et feuilles de ravenala. brûlaient leurs premières bougies. Des grappes de marcheurs surgissaient de l’obscurité, s’interpellant à l’occasion d’une halte devant l’épicier qui saisissait la bouteille de rhum d’une étagère branlante et servait les habitués. D’autres sortaient de leur poche des sacs en plastique soigneusement pliés dans lesquels on leur versait le kilo de riz du repas du lendemain.

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