L’exil est encore plus cruel quand on sait que l’on ne retrouvera jamais son pays tel qu’on l’a laissé. Il n’y a plus rien là-bas qui ressemble à mon enfance, une tombe pour mon père et des soldats qui sont les seuls touristes de la belle forêt noire. Ici, il ne pleut jamais, les rues des quartiers populaires sont pleines de sable et l’unique végétation pousse dans les jardins privatifs, auquel seul l’argent donne accès. L’hiver, l’océan et le ciel forment un magma gris ; il ne fait pas froid mais l’humidité nous transperce dans les maisons jamais chauffées. L’exil, c’est quand à chaque instant on se dit qu’on voudrait rentrer chez soi, qu’on cherche des paysages qui évoquent le passé et qu’on ne reconnaît rien, quand la vue du désert nous serre la gorge, quand on a mal de ne plus pouvoir parler sa langue…

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