Attention, un nouveau tic déferle. Il peut survenir au coin de la moindre conversation. Vous êtes tranquillement installé(e), et tout à coup l’interpellation tombe. « Tu vois ce que je veux dire ? ». Aux premières heures de l’assaut, vous répondez encore. Il faut dire que le « Tu vois ce que je veux dire ? » conclut plus d’une fois qu’à son tour un argument qui est loin de provoquer une embolie de vos neurones. Vous répondez par l’affirmative. Vous ajoutez parfois que vous comprenez à peu près ce que votre interlocuteur vous dit. L’ironie fait  flop. Une phrase plus tard, la question retombe. Ne pas s’énerver. Non, le locuteur ne pense pas (nécessairement) que votre cerveau est associé à celui d’une huitre. A votre réplique : « Oui, je vois bien ce que tu veux dire. Ce n’est pas très compliqué à comprendre », votre interlocuteur écarquille les yeux et doit reprendre son souffle pour, une ou deux phrases plus loin, vous redemander si vous voyez ce qu’il veut dire. Au bout de la cent-et-unième sentence, vous vous rendrez compte que le tu-vois-ce-que-je-veux-dire n’appelle pas de réponse.
Le « du coup » avait cette « horripilance » de l’accumulation harassante. On pouvait au moins se laisser bercer par la torpeur de son abus, sans la secousse de l’illusion de l’attente d’une réponse.
Mais l’imparfait est bien optimiste. « Du coup » n’a pas disparu avec l’invasion du tu-vois-ce-que-je-veux-dire.
Va-t-on vers une société qui monologue, à l’image de la virtualité des réseaux sociaux ?

Voyez-vous du coup ce que je veux dire ?