Je lis Le Meurtre du Commandeur, le dernier opus d’Haruki Murakami. J’aime beaucoup, à l’égal de la grande majorité de ses livres et comme de fidèles et nombreux lecteurs aux quatre coins du monde. Le tome 1 s’appelle Une idée apparaît. D’emblée, cela donne envie de s’engouffrer dans les lignes du subtil écrivain japonais.
Plusieurs nuits de suite, à deux heures du matin, dans la maison perdue que lui a prêtée le fils d’un étrange peintre, il entend des tintements de clochette. Il n’y a pas de doute possible. Ils proviennent d’un monticule surmonté de lourdes pierres quelque part dans le jardin. Un phénomène qui s’enracine dans les mécanismes de la nature puisque les sons que produisent les insectes s’interrompent dès que la clochette est actionnée. A 2H30, invariablement, elle s’arrête et les bruits de la nature reprennent. On imagine très bien la sensation provoquée par un tel bruit au milieu de la nuit. Sa répétition amplifie naturellement l’angoisse du narrateur en attente fébrile dès une heure du matin, qui ne peut pas se laisser gagner par le sommeil. Le talent de Murakami crée notre implication dans la scène. Nous y sommes.
Et j’y étais bel et bien samedi dernier, en pleine célébration des morts au Mexique, soit dit en passant. A 2 heures du matin, j’ai été réveillé par le tintement de la clochette d’un portail aux très proches alentours de la maison où je me trouvais. Elle a retenti, son cristallin dont l’insistance a petit à petit généré une interrogation sourde, devenue certitude quand j’ai achevé de réaliser la coïncidence avec l’épisode narrée par Murakami dans Le Meurtre du Commandeur.
Je me suis mis à penser, dans l’éveil persistant de la profondeur de la nuit, à ce qu’allait faire Murakami de son histoire. Voilà où j’en étais resté : le narrateur et Wataru Menshiki font retirer les pierres et découvrent effectivement une vieille clochette tibétaine. Mais qui l’actionne toutes les nuits ? Qui peut s’introduire dans la citerne hermétiquement close, enfouie sous les rochers. Aucun mécanisme n’est présent, qui pourrait expliquer un déclenchement automatique.
Que fait-on d’une telle trame ? Ce n’est pas faire offense à Murakami que de supposer qu’il n’en donnera pas une explication rationnelle.
Que le narrateur entre en contact avec l’esprit qui l’appelle ainsi toutes les nuits m’intéresserait, qu’il lui révèle les mystères de son existence diaphane.
Un synopsis haletant, avec de mystérieux personnages qui conspireraient autour de révélations concernant les clés du monde terrestre, seules connues d’eux, serait bien aussi.
Ou enfin, pourquoi pas une histoire double avec un homme écoutant la clochette au Japon et un autre au Mexique. Qu’ont-ils de commun ? Qui est réel ? Que se passera-t-il quand s’achèvera le tintement de la cloche ?