Vox Latina

La route a la vertu de me faire oublier toute préoccupation. Un objectif précis, qui fixe l’attention, des gestes mécaniques mais requérant néanmoins de l’adresse, voilà qui me convient parfaitement. Au volant, j’ai presque l’impression que les hommes sont bons et que leur vie a un sens. Une radio, quelques cigarettes, pas de passager, c’est encore mieux, et je me sens bien.On n’a pas si souvent l’occasion, en dehors des voyages, de songer sans être interrompu.

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Dans le vieux canapé du bureau de Colette Petitmars qui me sert de lit improvisé, j’ai du mal à trouver le sommeil. J’essaie de faire de ma rencontre avec Inès une réalité, me raccrochant aux mots de mon ancienne professeur. Mais il est des occasions où la réalité refuse de se conformer aux plus âpres désirs.
Les souvenirs que j’ai gardés sont tous issus du film de Jim. Après que Colette se soit couchée, j’interroge mon vieil ami. Pas de doute : la gare, la petite rue près de la cathédrale, la brasserie appartiennent à l’imaginaire de Jim et ont constitué ses lieux de tournage.

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– Je crois qu’il est surtout allé entendre la voix qui vous préoccupe tant tous les deux.
Et elle ajoute :
– Et il ne l’entendra pas…
Je sursaute :
– Comment le savez-vous ?
– Je peux vous l’expliquer…
– Vous l’avez cherchée ?
– Oui, mais je sais surtout qu’elle n’a jamais été présente dans le film. Je connais son origine.

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IeMJ Lecture Episode 89-Chap 13


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Le premier jour du tournage, précisément à cinq heures et demie, heure toute militaire, la jeep de l’aide de camp du Général attendait Jim devant l’immeuble où se situait son minuscule appartement. Assis sur le siège avant, Pedro l’informa que la belle vie était terminée et que l’heure habituelle de son coucher était devenue celle de son réveil. Comme Jim détestait être réveillé par des personnes inutilement joyeuses, il ne prit pas la peine de répondre. Quand les véhicules entrèrent dans la résidence militaire, devant les villas, il comprit pourquoi leurs propriétaires se cachaient des regards indiscrets. Nulle part ailleurs à Buenos Aires, on trouvait de semblables maisons, avec piscines et immenses pelouses. Mais tout ça était bien laid dans le fond.

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Ca s’est passé en avril de l’année suivante. Louis était dans un bar à quelques kilomètres de chez lui où il avait ses habitudes.
L’atmosphère n’était pas habituelle. La journée était sombre et les lumières du café en position semi-nocturne. Anna est entrée. Il l’a reconnue immédiatement.

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Jim avait fini par apprécier Pedro. Au début, il le trouvait pénible, avec son côté délicat et ses prétentions artistiques. Il s’impatientait quand il s’intitulait auteur dramatique et commentait chaque ligne écrite. Etrangement, Jim avait constaté qu’il écrivait réellement bien. « Etrangement » parce que souvent, la vanité est l’apanage de ceux qui, sans elle, ne se distingueraient pas. 

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Après maintes tentatives infructueuses, il s’extirpait de sa voiture et lui jetait à chaque fois un regard admiratif avant, rite immuable, de reculer de trois mètres cinquante pour appuyer sur la télé-commande des portières et jouir du bruit que faisaient les serrures ainsi actionnées. Les curieux – il n’en manquait jamais, vaquaient alors à leurs occupations, qui au classement improbable des tonnes de papier de l’administration, qui à la verbalisation des bicyclettes – à Toamasina, un automobiliste sans papier encourt moins les foudres de la police que le plus petit cycliste sans vignette. Loi du nombre !

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C’est bien simple. N’oublie pas que c’était une guerre mondiale. Le Pérou se considérait en guerre contre l’Allemagne et… l’Italie, même si les fascistes européens ne connaissaient pas le Pérou et ne se souviendraient de l’Amérique du sud qu’à partir de 44. Avec mon nom italien, malgré ma nationalité française, j’étais un ennemi ; j’ai même été accusé d’espionnage. Je suis resté plus d’un mois en prison, où j’ai mangé tant de soupe de poissons au goût de savon que, maintenant, je déteste le chupe[1] péruvien. Sans parler du froid !.. Faut pas croire que Lima est un paradis tropical : six mois d’intense humidité qui me gelait les os dans une île battue par les vents. Il y avait beaucoup de détenus, arrêtés arbitrairement comme moi. J’aurais pu apprendre l’allemand en prison si j’avais voulu.

[1] Soupe à base de crevettes et de lait.

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Je reprends la route, le soir même, sous un prétexte fallacieux, qui laisse mon père plus pantois qu’il ne veut bien le dire. Convaincu que le destin me joue un sale tour, et comme prêt à l’affronter, j’appuie de plus en plus fort sur la pédale de l’accélérateur. Le véhicule fait des embardées, je rattrape la trajectoire par de brusques accélérations. Les arbres menaçants semblent attendre l’heure fatale de la rencontre…

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