Vox Latina

Le maire sortant, nous devions l’apprendre le lendemain par les journaux, avait surtout été battu par l’abstention. Seulement 23 % de la population s’était déplacée pour voter. La démocratie triompha pourtant, et de manière éclatante quand, quelques jours après les résultats, le vaincu voulut annuler les élections, prétextant que le pourcentage des votants était inconstitutionnel, et que le Bureau National des Elections s’y opposa.

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Comme dans une séquence de films, au moment même où elle descendit du wagon et mit le pied sur le sol glacé, elle l’aperçut derrière un groupe de voyageurs, à quelques mètres, qui s’éloignait. Il resta seul, immobile, l’observant.

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Bien sûr, il allait regretter la grâce de Celia, dont le corps se dévoilait dans un lent strip-tease à l’approche de l’été. Un reste de reconnaissance envers Fernand l’empêchait de tenter de séduire la jeune fille. Il ne se privait pas en revanche de préférer et de rechercher sa présence et d’éviter celle de son commanditaire. Il s’aperçut que l’optimisme de la jeune fille n’était pas béat. Elle n’était pas non plus uniquement intéressée par l’argent de son amant français. Elle l’aimait à sa manière, faite d’indulgence et d’admiration pour le monde nouveau qu’il représentait.

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– Comment Anna savait-elle tout ça ?
– Elle le tenait de son grand-père, qui lui a remis le journal que sa grand-mère avait tenu pendant cette période.
– Le grand-père, c’est Juan ?
– Oui, Emma et Juan se sont mariés dès qu’ils ont recouvré la liberté et la jeune Allemande n’est jamais retournée en Europe. Sa fille, la mère d’Anna, a émigré en France en 1969. Le père d’Anna est péruvien, lui-aussi, mais elle ne l’a pas connu. Elle a été élevée par sa mère et son grand-père qui l’adorait. Dans le journal d’Emma, vous devinez maintenant ce qu’il pouvait y avoir ?


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L’aube pointe. La brume recouvre les prés encore empreints de rosée. La tombée de la nuit égale en beauté le lever du jour. Mais quand celle-ci annonce un matin clair d’hiver, elle est irremplaçable. Mes pensées paysagères m’amènent à Madagascar. Là bas, le jour mourant couvrait d’orange les nombreuses collines de Tananarive. J’y ai appris ce qu’un ciel embrasé veut dire. Ce sont des images de mon album personnel, que je feuillette parfois, un album par ailleurs bien incomplet sur une période de ma vie.

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Je décide, mû par la curiosité qui me taraude depuis des semaines, d’aller jusqu’à la maison d’en face. Elle se trouve au fond d’un terrain qui n’est plus entretenu depuis longtemps. Il n’y a pas de voiture. L’unique signe de vie est la lumière à l’intérieur. Bien que curieux, je ne suis pas indiscret mais je me surprends à m’approcher. Je colle mon nez à la fenêtre illuminée.

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Après avoir été privé du stage si désiré – malheur raisonnable si l’on considère celui de bien d’autres – Jim Rosso a décidé d’émigrer. Il est parti pour l’Argentine, sans savoir qu’il serait suivi quelques années plus tard par ceux qu’il fuyait. Ceux-là mêmes qui sont partis pour servir les dictatures latino-américaines avec la bénédiction du Vatican et parfois la complicité des Etats-Unis.
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Seul chez moi, des questions me taraudent. Difficile de croire que la rencontre avec Jim soit une coïncidence. Le vieux cinéaste a fini par narrer que la voix a déterminé la trame d’un film qu’il a réalisé quarante ans plus tard. Un film qui a eu un certain succès d’estime en 1982 et qu’il a intitulé  Le rêve américain .

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Une autre gare, avec ses bruits familiers mais pour ainsi dire ouatés, fruit de tant de vécus semblables, de tant d’allers-retours ferroviaires qui marquaient cette semi-émigration dans un pays si proche et en même temps si éloigné.

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– Ne vous inquiétez pas si vous n’avez jamais entendu parler de moi. Je ne suis connu que des vieux cinéphiles.
Malgré sa remarque, son nom me paraît étrangement familier. Pourtant, j’ai beau chercher : ses traits ne me disent rien.
Son visage est fin et régulier, le nez droit, la bouche bien dessinée, le regard vif. Il y aurait des habitants intéressants dans ce village !
Il est petit pour les canons de la fin du siècle et comparé à moi, qui mesure presque deux mètres. Dans sa jeunesse, son mètre soixante devait le situer dans les tailles moyennes. Vu ses rides et ses cheveux blancs, il doit approcher les quatre-vingts ans.

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