Vox Latina

Une autre gare, avec ses bruits familiers mais pour ainsi dire ouatés, fruit de tant de vécus semblables, de tant d’allers-retours ferroviaires qui marquaient cette semi-émigration dans un pays si proche et en même temps si éloigné.

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– Ne vous inquiétez pas si vous n’avez jamais entendu parler de moi. Je ne suis connu que des vieux cinéphiles.
Malgré sa remarque, son nom me paraît étrangement familier. Pourtant, j’ai beau chercher : ses traits ne me disent rien.
Son visage est fin et régulier, le nez droit, la bouche bien dessinée, le regard vif. Il y aurait des habitants intéressants dans ce village !
Il est petit pour les canons de la fin du siècle et comparé à moi, qui mesure presque deux mètres. Dans sa jeunesse, son mètre soixante devait le situer dans les tailles moyennes. Vu ses rides et ses cheveux blancs, il doit approcher les quatre-vingts ans.

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L’exil est encore plus cruel quand on sait que l’on ne retrouvera jamais son pays tel qu’on l’a laissé. Il n’y a plus rien là-bas qui ressemble à mon enfance, une tombe pour mon père et des soldats qui sont les seuls touristes de la belle forêt noire. Ici, il ne pleut jamais, les rues des quartiers populaires sont pleines de sable et l’unique végétation pousse dans les jardins privatifs, auquel seul l’argent donne accès. L’hiver, l’océan et le ciel forment un magma gris ; il ne fait pas froid mais l’humidité nous transperce dans les maisons jamais chauffées. L’exil, c’est quand à chaque instant on se dit qu’on voudrait rentrer chez soi, qu’on cherche des paysages qui évoquent le passé et qu’on ne reconnaît rien, quand la vue du désert nous serre la gorge, quand on a mal de ne plus pouvoir parler sa langue…

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Pour l’après-midi passé à l’église Santa Imaculada, par exemple, ils ajoutèrent un commentaire qui expliquait que l’Armée envoyait ses amazones pour lutter contre la pauvreté. Au même moment, défilaient les images de la grosse Gómez de Morales marchant avec précaution au milieu des détritus du quartier populaire.Folie de jeunesse. Les deux apprentis-cinéastes étaient si heureux de leur blague qu’ils n’en prévirent pas les conséquences…
Jamais Jim n’avait imaginé que le film serait présenté avec une telle pompe au ministère de la Défense. La grande salle du cinéma était décorée de drapeaux bleus et blancs. On aurait dit que la nation entière attendait ce moment.

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Le village que mon père a choisi convient à une semi-retraite. Situé à quelques kilomètres de Perros-Guirec, il domine la mer, inaccessible aux marées mais plus souvent qu’à son tour battu par les vents.
Le soir de mon arrivée ne fait pas exception. Ce n’est pas pour me gêner. La rudesse des éléments n’est pas dérangeante en Bretagne. Sa constance est au contraire un signe d’intégrité. Si on exclut la tempête de 1999, qui a d’ailleurs touché toute la France, je n’ai jamais vu en Bretagne de déchaînements subits, de tempêtes sournoises et dévastatrices, comme les tropiques savent si bien en produire.

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L’équilibre était cependant fragile. La clémence des gardiens souffrait de subites dépressions et avait besoin d’encouragements réguliers. Lorsque les dons que parvenaient à récolter les détenus étaient jugés peu à même de soutenir le moral chancelant des cerbères, ceux-ci leur indiquaient leur mécontentement par des signes discrets. Des blessures apparaissaient soudain sur les prisonniers que les gardiens invitaient à une petite conversation dans de discrètes salles de garde. Les cachots obscurs se remplissaient et les promenades avaient la fâcheuse tendance à se faire plus rares.

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La route a la vertu de me faire oublier toute préoccupation. Un objectif précis, qui fixe l’attention, des gestes mécaniques mais requérant néanmoins de l’adresse, voilà qui me convient parfaitement. Au volant, j’ai presque l’impression que les hommes sont bons et que leur vie a un sens. Une radio, quelques cigarettes, pas de passager, c’est encore mieux, et je me sens bien.On n’a pas si souvent l’occasion, en dehors des voyages, de songer sans être interrompu.

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Dans le vieux canapé du bureau de Colette Petitmars qui me sert de lit improvisé, j’ai du mal à trouver le sommeil. J’essaie de faire de ma rencontre avec Inès une réalité, me raccrochant aux mots de mon ancienne professeur. Mais il est des occasions où la réalité refuse de se conformer aux plus âpres désirs.
Les souvenirs que j’ai gardés sont tous issus du film de Jim. Après que Colette se soit couchée, j’interroge mon vieil ami. Pas de doute : la gare, la petite rue près de la cathédrale, la brasserie appartiennent à l’imaginaire de Jim et ont constitué ses lieux de tournage.

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– Je crois qu’il est surtout allé entendre la voix qui vous préoccupe tant tous les deux.
Et elle ajoute :
– Et il ne l’entendra pas…
Je sursaute :
– Comment le savez-vous ?
– Je peux vous l’expliquer…
– Vous l’avez cherchée ?
– Oui, mais je sais surtout qu’elle n’a jamais été présente dans le film. Je connais son origine.

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IeMJ Lecture Episode 89-Chap 13


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