Madagascar

« Les traversées des bras de mer ou des rivières sur les bacs à la tombée du soir furent une des plus belles images du périple : le clapotis des perches sur l’eau calme, le profil des rameurs se détachant sur un ciel orangé, la sensation que les véhicules glissaient sur l’eau, le rire des enfants qui nageaient à proximité des petites maisons en bois. »
Lisez le roman Vox Latina gratuitement en ligne

Ca sentait le tabac des nuits sans sommeil

« Elle saisit sans effort sa lourde valise. Son imperméable à la main, elle descendit les marches du train. Ensuite, face à ce quai de Strasbourg qu’elle connaissait si bien, elle s’arrêta. Son combat intérieur était assez bien incarné par ce lieu, qu’elle aimait et détestait à la fois. Un endroit froid, battu par les vents et empli de bruits stridents. Ca sentait le tabac des nuits sans sommeil et c’était aussi le point névralgique de leur histoire. Elle pressentait déjà quel souvenir il deviendrait pour tous les deux. »
http://www.marcboisson.fr/vox-latina-version-complete/ 
#voxlatinamarcboisson



Synergies

Je fais la supposition que nombre d’entre nous pensent au M. Jourdain de Molière, qui faisait de la prose sans le savoir, lorsqu’ils agissent à leur insu. Voilà que je faisais sur ce site de la multimodalité sans le savoir.
Je suis très fier que des chercheurs aient inclus mon expérience dans leurs travaux. Très heureux d’avoir été invité à la grande université mexicaine qu’est l’Unam pour un long témoignage. Très touché aujourd’hui par l’article signé par Maria Lucia Claro Cristovão, professeure à l’Université Fédérale de São Paulo – Unifesp.
Il paraîtra dans la revue Synergies dans quelques semaines sous le titre « Lectures littéraires multimodales en classe de français langue étrangère ».
En voici quelques extraits :

[…]Avec la mise en ligne de ses romans Il est mort Jim et Vox Latina, l’écrivain français Marc Boisson potentialise les possibilités de lecture d’un texte littéraire qui était déjà fort, original et pluriel dans sa version imprimée. Insérée dans un environnement virtuel marqué par la multimodalité […] et construit par l’écrivain lui-même, la publication numérique de ces romans ouvre de nouvelles possibilités pour la didactique de la lecture littéraire multimodale en cours de FLE. […].Depuis 2014, l’écrivain français Marc Boisson met à la disposition de ses lecteurs la version intégrale de deux de ses romans : Il est mort, Jim (2014), publié sur son site Internet et Vox Latina (2002), publié sur la page facebook dédiée à l’ouvrage. L’auteur a ainsi transposé la version imprimée de ces deux romans sur un espace numérique marqué par la « multimodalité ». Ce concept de multimodalité a été redéfini et développé par les chercheurs G. Kress et T. Van Leeuwen (2001, 2006) à partir des travaux de M. K. Halliday (1978) et fait référence à la présence dans un texte de différents modes sémiotiques (langue écrite, langue orale, images fixes et mobiles, sonorités, musique…) qui interagissent dans la construction du sens. […] Avant d’analyser comment la construction du sens du texte littéraire se retrouve transformée par l’environnement multimodal créé par l’auteur, nous allons tout d’abord nous pencher sur les caractéristiques stylistiques de ces deux romans dans leur version imprimée et donc monomodale, c’est-à-dire, constituée d’un seul mode sémiotique – dans ce cas, le texte écrit. Plusieurs raisons nous ont menés à choisir ces deux romans pour travailler le texte littéraire en classe de FLE à partir d’une approche subjective.  En voici quelques-unes : un auteur qui crée des « espaces » dans son texte, qui laisse des espaces à compléter, qui évite l’évident, qui surprend constamment le lecteur ; un texte littéraire pluriel et multifacette ; un texte qui incite à l’interprétation, qui sollicite l’intervention et la participation du lecteur pour la construction du sens. Il y a dans les romans la présence de ces « tensions » nécessaires (GERVAIS, 2006) pour rendre possible le passage à un degré plus approfondi et plus enrichissant de lecture. Autrement dit, nous disposons de tous les éléments nécessaires pour passer du niveau de compréhension à celui de l’interprétation ; un procédé de narration original et surprenant, avec une alternance des plans d’énonciation et un recours fréquent au discours indirect libre ; un récit également pluriel dont l’ordre n’est pas chronologique ; des effets de surprise, l’inattendu dans le fond et dans la forme, de l’humour. Il s’agit par conséquent de textes littéraires qui incitent le lecteur à créer des images mentales non seulement à partir de l’univers proposé et décrit dans l’œuvre mais aussi à partir des « espaces » à compléter qui sont créés par l’auteur. Ces deux romans de Marc Boisson favorisent ainsi le développement de plusieurs activités fictionnalisantes (LANGLADE) chez le lecteur-sujet, notamment la « concrétisation imageante » dont parle Paul Ricoeur.[…] Dans la publication multimodale des romans Vox Latina et Il est mort Jim, l’image n’épuise ni ne se substitue à la construction visuelle du lecteur, aux concrétisations imageantes (RICOEUR, 1984). Au contraire, elle incite le lecteur à de nouvelles créations, constructions, associations. L’image peut souvent surprendre, elle n’est pas simplement illustrative. Elle crée aussi des espaces à compléter.

Revue Synergies Brésil nº13 (à paraître)

Le paysage défilait devant ses yeux

« Le paysage défilait devant ses yeux. Elle n’aurait pas voulu interrompre ce voyage, même si ses couleurs n’étaient pas celles de la joie. Elle savait que ce gris infini était la première image qui impressionnait les Latino-américains en arrivant en Europe. Les vieilles maisons en pierre aux portails remplis de lierre, aux lourds escaliers en fer et aux toits en ardoise – desquels les Français sont si fiers, signifiaient pour eux une austérité remplaçant implacablement les jours insouciants. »

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Ce samedi là, ils m’invitèrent à les accompagner à Fénérive où ils devaient animer le bal bi-annuel. A l’arrière de la 404 bâchée qui nous conduisait sur la route du nord, je fus le témoin d’une conversation qui m’intéressa vivement. Armand, l’un des animateurs, parlait avec deux passagers comme nous entassés dans le taxi-brousse. Entre deux embardées du chauffeur qui me déconcentraient car elles me faisaient craindre pour ma vie, je percevais des bribes de phrase, où le mot « radio » et le nom du maire revenaient inlassablement. La pauvreté de mon malgache ne me permettait pas d’en comprendre plus.

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Vox Latina

Je n’aime pas les sports d’hiver. Et d’ailleurs je ne comprends pas les gens qui font semblant de trouver ça étrange. Parce qu’enfin, je ne vois pas ce qui plaide en faveur de la transhumance hivernale.

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Le temps s’écoule au rythme des habitudes retrouvées. Je me sens plutôt stationnaire, comme un convalescent qui n’intéresse plus personne parce qu’on le sait tiré d’affaire. Je partage mon temps entre mon travail qui continue à m‘intéresser, les lectures, la course à pied et les courtes visites chez mes amis aux quatre coins de la France et quelque-part en Europe.

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Le maire sortant, nous devions l’apprendre le lendemain par les journaux, avait surtout été battu par l’abstention. Seulement 23 % de la population s’était déplacée pour voter. La démocratie triompha pourtant, et de manière éclatante quand, quelques jours après les résultats, le vaincu voulut annuler les élections, prétextant que le pourcentage des votants était inconstitutionnel, et que le Bureau National des Elections s’y opposa.

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Vox Latina

Comme dans une séquence de films, au moment même où elle descendit du wagon et mit le pied sur le sol glacé, elle l’aperçut derrière un groupe de voyageurs, à quelques mètres, qui s’éloignait. Il resta seul, immobile, l’observant.

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Vox Latina

Bien sûr, il allait regretter la grâce de Celia, dont le corps se dévoilait dans un lent strip-tease à l’approche de l’été. Un reste de reconnaissance envers Fernand l’empêchait de tenter de séduire la jeune fille. Il ne se privait pas en revanche de préférer et de rechercher sa présence et d’éviter celle de son commanditaire. Il s’aperçut que l’optimisme de la jeune fille n’était pas béat. Elle n’était pas non plus uniquement intéressée par l’argent de son amant français. Elle l’aimait à sa manière, faite d’indulgence et d’admiration pour le monde nouveau qu’il représentait.

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