Ici Radio Pip – suite

« Comme l’avait annoncé la jeune fille, le créneau radial nous fut accordé sans problème. Les bénévoles ne se précipitaient pas à Radio Pip. Il faut dire que Bernard n’avait pas tout à fait tort quant au faible niveau professionnel des radios libres. Elles tenaient toutes leurs promesses en ce qui concerne le qualificatif. Chacun était libre d’y faire de la qualité mais personne n’y était contraint. Le directeur était un soixante-huitard vieillissant qui répondait au doux nom de Percevin Matagallois – je n’ai jamais su si ce nom improbable était vraiment le sien. Naturellement, il cumulait les deux caractéristiques inévitables : il était divorcé et animateur culturel de MJC. »
Vox Latina, p. 16

Jeunesse

« – On pourrait faire une émission avec des conseils complètement absurdes. Prendre les banalités qui reviennent systématiquement et les exagérer…
– Oui, oui, renchérit Céline. Je vois bien ce que tu veux dire. Du style tout ramener à l’enfance malheureuse, interpréter les rêves… ces machins !
Nous décidâmes que l’émission s’appellerait Le quart d’heure psychanalytique du docteur Pip. Les mots nous paraissaient retentir d’une belle évidence. Ils n’avaient qu’un seul inconvénient : ils contraignaient à une très courte durée, qui correspondait mal au projet initial. Nous ne relevâmes pas.
Les cours du lundi furent sacrifiés, comme d’habitude, mais à autre chose qu’à l’habituelle prolongation du week-end. Nous passâmes directement du porche au bar-cave de la faculté. Une large partie de la journée fut consacrée à griffonner des synopsis de projets ou plutôt des projets de synopsis. »
Vox Latina, p. 15

Le malheur a ses raisons

« Après avoir été privé du stage si désiré – malheur raisonnable si l’on considère celui de bien d’autres – Jim Rosso a décidé d’émigrer. Il est parti pour l’Argentine, sans savoir qu’il serait suivi quelques années plus tard par ceux qu’il fuyait. Ceux-là mêmes qui sont allés servir les dictatures latino-américaines avec la bénédiction du Vatican et parfois la complicité des Etats-Unis.
– A l’époque, la traversée de l’Atlantique était difficile. Le voyage jusqu’à Buenos Aires a duré vingt-cinq jours. J’ai été malade tout le temps. Et c’est en Argentine que ça s’est produit. »
Marc Boisson, Vox Latina, p. 19

Vox Latina

Vox Latina est mon premier roman. Je l’ai écrit au tournant du millénaire. L’an 2000 lui a donné naissance. Il s’est écrit seul, d’une seule traite. Sans doute devais-je le porter en moi.

Vox Latina, présentation, extrait et avis des lecteurs

Parfois le soir, même en hiver

Extrait de Vox Latina, disponible ici gratuitement

Seul chez moi

« Seul chez moi, des questions me taraudent. Difficile de croire que la rencontre avec Jim soit une coïncidence. Le vieux cinéaste a fini par narrer que la voix a déterminé la trame d’un film qu’il a réalisé quarante ans plus tard. Un film qui a eu un certain succès d’estime en 1982 et qu’il a intitulé Le rêve américain. »
Lisez gratuitement en ligne le roman Vox Latina
#voxlatinamarcboisson

D’abord, d’abord

Je n’aime pas les sports d’hiver. Et d’ailleurs je ne comprends pas les gens qui font semblant de trouver ça étrange. Parce qu’enfin, je ne vois pas ce qui plaide en faveur de la transhumance hivernale. D’abord, les stations sont moches, déprimantes même ; ces chalets, mélange de bois et de fer, ces appartements à l’odeur de moisi où s’entassent les joyeux ovidés dans des conditions qu’ils ne souffriraient pour rien au monde dans d’autres circonstances. Et le sommet, si l’on peut dire, sont les remonte-pentes. Les files d’attente, au milieu de gens en dangereux déséquilibre, brandissant leurs bâtons sans vergogne et toujours prêts à enfoncer leurs skis dans ceux de leurs malheureux congénères, avant d’être happés par la chose métallique. Quelle belle image de l’inutilité !
Marc Boisson, Vox Latina, version complète
#voxlatinamarcboisson

Un pied sur le sol glacé

Elle saisit sans effort sa lourde valise. Son imperméable à la main, elle descendit les marches du train. Ensuite, face à ce quai de Strasbourg qu’elle connaissait si bien, elle s’arrêta. Son combat intérieur était assez bien incarné par ce lieu, qu’elle aimait et détestait à la fois. Un endroit froid, battu par les vents et empli de bruits stridents. Ça sentait le tabac des nuits sans sommeil et c’était aussi le point névralgique de leur histoire. Elle pressentait déjà quel souvenir il deviendrait pour tous les deux. Comme dans une séquence de films, au moment même où elle descendit du wagon et mit le pied sur le sol glacé, elle l’aperçut derrière un groupe de voyageurs, à quelques mètres, qui s’éloignait. Il resta seul, immobile, l’observant.
Marc Boisson, Vox Latina, version complète
#voxlatinamarcboisson

Madagascar

« Les traversées des bras de mer ou des rivières sur les bacs à la tombée du soir furent une des plus belles images du périple : le clapotis des perches sur l’eau calme, le profil des rameurs se détachant sur un ciel orangé, la sensation que les véhicules glissaient sur l’eau, le rire des enfants qui nageaient à proximité des petites maisons en bois. »
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