« Je buvais ses paroles autant que le dernier café en sa compagnie. L’intuition que je ne le reverrais plus me saisissait au fur et à mesure que le soleil se déplaçait vers son zénith et replongeait la pièce dans une semi-obscurité, délaissant la petite fenêtre par laquelle j’aime penser que le monde extérieur prenait congé de lui. Je m’étonne aujourd’hui d’avoir ressenti cette ultime urgence, moi qui, avant de le rencontrer, n’avais jamais suivi d’autres élans que ceux que la raison me dictait. »
Marc Boisson, Ça n’intéresse personne, manuscrit
#çaninteressepersonne 

 

Un soleil offert à l’hiver

« Je me rendis à son enterrement, un lundi matin que le soleil avait offert à l’hiver. La cathédrale orthodoxe de la Sainte Trinité rutilait sur les abords de Seine. Un long véhicule à la robe métallique en ouvrit les grilles. Les quelques personnes que nous étions le suivirent et entrèrent dans la salle de la cérémonie avec le cercueil. Je reconnus deux médiums sous les icônes, une témoin convaincante au grand cœur d’une lointaine EMI et un écrivain proche du défunt que je n’aimais pas beaucoup. C’était la première fois, et sans doute la dernière, que j’assistais à une messe orthodoxe. »
Marc Boisson, Ça n’intéresse personne, manuscrit
#çaninteressepersonne

Manuscrit

« Les mots d’Oz allaient s’imprégnant à ma vue qui se brouillait. Ils étaient des allers directs vers une triste journée du premier siècle de notre ère. Ils faisaient heurter ma tête sur le bois de la croix. Je n’osais lever les yeux vers l’inadmissible crucifixion, ne pouvais les baisser devant l’intolérable souffrance d’une mère. J’espérais que je n’entendrais pas l’adresse finale du Christ à son père que je pressentais que je ne pourrais supporter. »
Ça n’intéresse personne, manuscrit
#çaninteressepersonne