La lecture est-elle comme le fameux fleuve où ne coule jamais la même eau ?

Le fait que le livre s’écrive avec le lecteur est depuis longtemps une de mes courantes réflexions.
De là à l’impression d’avoir à la deuxième lecture un roman radicalement, définitivement différent, il y a plus qu’une marge.
A ma large stupeur, c’est ce qui m’arrive depuis que j’ai entrepris de relire celui d’un de mes auteurs favoris. Je l’avais lu il y a vingt ans. Je le mentionne d’ailleurs dans Il est mort Jim. J’en ai souvent parlé comme il était inscrit dans ma mémoire. Ce devait être celle de la reconstruction car s’égrènent désormais devant moi des pages différentes de celles de mon souvenir.
Plus encore, ses caractéristiques que je croyais fondamentales, sa concision, son unité d’action, ont disparu… C’est comme si je lisais maintenant la première mouture de ce roman et qu’à sa première lecture, j’avais eu dans les mains la version publiée…
L’impression est si forte, ma préférence pour la “première édition” si nette, son influence sur mon écriture si faussement réelle, que la pensée m’est même fugacement venue de l’écrire moi-même. D’autant plus présomptueux et absurde si je donnais le nom de l’auteur en question.