Mes pas m’ont mené dans le même quartier pendant quatre années. Parcourant le même tronçon matin et soir, des vies se déroulaient devant moi. Une manière particulière de connaître des gens auxquels je n’ai jamais parlé : la fille que je retrouvais dans les commerces de la rue, éphémère embauchée. Entre deux papillonnages, elle se réfugiait près de la carriole du vendeur de petits déjeuners. L’homme qui postait sa moustache et son tranquille embonpoint devant le magasin d’encadrements où les clients que j’ai aperçus se comptaient sur les doigts d’une main. Les deux vendeuses évincées de leur coin de rue et réfugiées dans l’embrasement d’une porte un peu plus loin. Le couple âgé à la guérite de friandises, que je voyais repartir à 20H, main dans la main, épaulant leur fatigue vers un domicile lointain. Ce sont les vrais habitants de la rue, ceux qui la font vivre jour après jour et qui en sont bannis le soir venu…