« Il était impossible que je ne lui dise pas au-revoir au milieu de la terre, des feuilles, des arbres et de la lumière du soleil »

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Chapitre 20.1

Il se vida de son sang à Saint-Jacques de Compostelle. Inexplicablement. Je croyais que j’irais à Cap Finisterre mais ce n’était pas écrit dans le récit de notre périple.
Comment accueille-t-on la mort après les deux expériences que j’avais vécues qui étaient la preuve absolue que l’existence terrestre n’était qu’un état parmi d’autres, bien plus profonds, comme je l’avais senti dans ma chair ?
J’étais transformé, en plénitude.
A l’entrée de la Saint-Jacques mythique, j’avais sacrifié à la coutume pèlerine qui consiste à toucher la colonne du portique de la gloire et à se frapper la tête sur la statue de Saint Matteo.

C’est en reprenant mon chien sur la place que je vis qu’il n’allait pas bien. Je le portais chez un vétérinaire qui le garda dans son cabinet, sans que je ne comprenne exactement le diagnostic. Lorsque j’y retournai le lendemain, ce fut pour m’entendre dire que je ne pourrais pas l’enterrer moi-même. Je m’arrangeais tout de même pour lui donner une sépulture dans la campagne proche. Nous partagions des secrets de nature tous les deux, que je m’apprêtais à révéler et il était impossible que je ne lui dise pas au-revoir au milieu de la terre, des feuilles, des arbres et de la lumière du soleil.

Je comprenais que le chemin de Napoléon s’arrêtait là. Il était apparu dans cet endroit improbable du début de mon pèlerinage, l’Auchan du Puy en Velay, pour me servir de guide. Sa mission était accomplie. Je n’avais plus aucune raison d’avoir peur de la mort, de la mienne et de celle des autres, mais je ressentis de la peine, l’avenir d’une nostalgie de ne plus l’avoir à mes côtés.

J’espérais qu’il avait été heureux pendant le Chemin, qu’il avait malheureusement accompli dans la plus pure tradition de la marche vers l’ouest…