Compostelle 9

rainbow-in-the-church-3-1165766-639x427


« Il me semblait que le bonheur ne me quitterait plus »

Quand je me retournai, j’eus l’impression d’avoir changé de lieu. Sa majesté l’habitait encore mais il sembla tout à coup revenu à sa dimension terrestre.
Des voix me sortirent de ma torpeur. Au-dessus de moi, deux femmes prenaient des photos ou filmaient. Elles étaient habillées bizarrement. Je compris, lorsque j’arrivais près d’elles, qu’il s’agissait tout simplement de deux randonneuses. Le chemin de terre sur lequel elles se trouvaient surplombait la chapelle. Leurs bicyclettes étaient posées sur une murette, image de la normalité. Elles avaient l’air de joyeux personnages avec leurs bermudas collants et leurs bonnets en matériel synthétique. A la manière des pèlerins, nous nous donnâmes des nouvelles de notre Chemin. Comme moi, elles s´étaient écartées de la route pour connaître Santa María de Eunate. « Extraordinaire, non ? ». Je tentai : « Je n’ai jamais vu une lumière pareille dans une église ». J’eus une réponse sans équivoque : « Quelle lumière ? La journée est plutôt grise et il fait sombre là-dedans ».

Je les avais trouvées belles, ce qu’elles n’étaient pas plastiquement. Je m’en apercevais tandis que leur luminosité s’évanouissait comme la porte s’était refermée. Je m’écartai dès que je le pus et partis à la rencontre de mon chien. Il était posté au milieu d’une arcade, sur le périmètre en herbe entourant le cloître extérieur. Il était assis sur son derrière, parfaitement immobile à l’exception de sa queue qui remuait inlassablement.
Je crois qu’il était resté ainsi pendant toute la durée de mon étrange parcours à Santa María de Eunate. Lui avait tout vu. « On peut dire qu’on m’a vraiment fermé la porte au nez, hein Napoléon » luis dis-je, tandis que nous reprenions la route.
Nous avions grande hâte d’atteindre Logroño. Nous fîmes peu de cas du fameux point et pont de rencontre de Puente la Reina, confluent du Chemin aragonais, que nous avions emprunté, et du Chemin navarrais.

Mon attention était toute concentrée sur les dernières paroles qu’avait prononcées le Père José : « Au revoir Ezema. N’oublie pas de visiter l’Eglise Santa María de Eunate ». Il était la clé, nous devions le retrouver.

Je dois vous dire qu’un sentiment très fort m’animait : je me sentais heureux.

Ce bonheur était nouveau. Puisqu’il était inconditionnel, il était indestructible. Aucune raison matérielle ne justifiait cette félicité : je savais que je ne reverrais jamais la personne que j’aimais le plus au monde, qui était partie au bout de celui-ci ; je vieillissais et entamais la dernière partie de ma vie, mon corps allait commencer plus ou moins lentement à se séparer de moi ; j’étais en pré-retraite. Mais il me semblait que le bonheur ne me quitterait plus et figurez-vous que j’avais raison.

La joie de vivre s´était emparée de moi progressivement, comme elle avait transformé, à mon insu, mon pessimisme grognon venu de France.
Quand avait-ce été perceptible ? Tout d’abord, je trouvai avec mes premières découvertes sur la fréquence des Expériences de Mort Imminente un terrain statistique inattendu. Ma raison m’avait commandé d’accorder foi à la récurrence des phénomènes. J’avais ensuite été très marqué para la confluence des spiritualités, qui semblaient, comme je l’ai écrit, écrire un même livre, raconter la même histoire globale dans des langues différentes. Mais la lumière était entrée en moi quand je m’étais ou qu’on avait appliqué ma quête à moi-même, quand les signes que j’ai décrits commencèrent à clignoter autour de moi, avec des rencontres, des tableaux, des chats et des rêves.

A Santa María de Eunate, j’étais tout entier la preuve à moi-même que le monde que je chérissais désormais était bien réel.