J’écris ces lignes le 11 – 11. La « grande » guerre s’est achevée il y a cent ans.
Je vois devant moi un jeune homme qui, pierre par pierre, démonte sa maison. Il est en bras de chemises, il ne parle à personne. Il est revenu de la guerre et on ne le reconnaît plus. Ses parents sont morts. C’est leur héritage qu’il fait disparaître. Celui qui deviendra son seul ami, « une gueule cassée », l’observe. C’est de l’intérieur que le jeune homme est brisé.
Dans le roman de Pierre Magnan*, une sombre histoire antérieure à la guerre explique son attitude.
Mais je vois cette destruction systématique, obstinée, comme une métaphore de cette guerre de tranchées où des hommes ont été transformés en chairs à assauts. Plus de fondements, que des renfoncements. L’horreur de devoir attaquer toujours, s’extraire des tunnels où des mois durant, ils cohabitaient avec les rats, pour courir vers des lignes ennemies, où des jeunes gens, aussi apeurés et peu coupables qu’eux, devaient leur prendre leur vie.

*Pierre Magnan, La maison assassinée, Gallimard, 2015