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« J’entendis à plusieurs reprises, sur le Chemin, des pèlerins se demander ce qu’ils faisaient là. « Qu’est-ce qui a pu me passer par la tête ? » disaient des jambes fourbues, des pieds en cloques, des visages mal rasés, brûlés par le soleil, ravinés par la pluie. Onze siècles que cette réflexion devait courir le Chemin. Je crois que beaucoup de pèlerins étaient heureux de se ressembler et d’expérimenter le dénuement. « On n’a vraiment pas besoin de tout ce qu’on possède » était une réflexion courante. Et je la partageais. »

« Le Chemin, le chemin des étoiles, c’est ce que signifie Compostelle. C’est un peu comme Jérusalem, et l’analogie va sans dire. Il y a la Jérusalem céleste comme il y a une voie lactée qui conduit à Saint Jacques. Bien des gens mystérieux m’avaient précédé : les compagnons dont un des rites, disait-on, consistait à dormir une nuit dans un sarcophage, et qui construisaient ces églises romanes, puis gothiques sur ce tracé millénaire, les alchimistes qu’attirait la symbolique de la voie lactée. J’appris que l’or était une des étapes de leurs recherches. Après lui, il y a le néant, qui doit percer la bulle de fausse réalité qui entoure l’être humain. »

Extraits de Il est mort Jim, chapitre 19