Vox Latina

Je décide, mû par la curiosité qui me taraude depuis des semaines, d’aller jusqu’à la maison d’en face. Elle se trouve au fond d’un terrain qui n’est plus entretenu depuis longtemps. Il n’y a pas de voiture. L’unique signe de vie est la lumière à l’intérieur. Bien que curieux, je ne suis pas indiscret mais je me surprends à m’approcher. Je colle mon nez à la fenêtre illuminée.

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Bas le Masque

Cette fois-ci, Jim est bien mort.

– Le roman Il est mort Jim. L’auteur s’appelle Marc Boisson. C’est son troisième roman, je crois. Vous avez aimé ?
– C’est une mauvaise nouvelle que tu nous donnes là. Son troisième roman. Tu n’as pas l’intention de nous demander de lire ses deux premiers ? Parce que voyez, je croyais que Jim était mort, qu’on n’en entendrait plus parler.
– Oui, Jim meurt dès la première ligne. On s’en croyait libérés. Et bien non, depuis je ne sais quel au-delà, il faut encore le suivre pendant plus de 300 pages. Et moi, je vais vous dire, je préférais le Jim agnostique du début du roman. On voit bien les intentions de l’auteur. L’évolution de son personnage de l’incrédulité vers la foi. Et pas n’importe quelle foi. J’ai fait des recherches. Comme le dit un de ses interlocuteurs dans le roman -un théologien, Raphaël, je ne sais plus quoi, qui a un nom à rallonge – c’est un vrai plat composé.
– En parlant de plats, on n’ignore plus rien de la cuisine péruvienne lorsqu’on arrive enfin à la fin du livre. Je déteste ces auteurs qui décrivent ce que leurs personnages mangent ou boivent. D’ailleurs, ce roman est un peu un livre de recettes. Ce roman. Voyons, est-ce un roman ? J’y reviendrai. Oui, un livre de recettes. Il passe les plats qu’on aimerait nous-mêmes passer. Passer par dessus, si vous voyez ce que je veux dire. Vous avez remarqué la quantité de notes en bas de pages ? Et pas seulement pour nous expliquer la recette de la gélatine. C’est truffé de références. Impossible de lire ce livre en continu. Attendez, je rêve. Boisson nous donne même des liens de Google maps pour qu’on ait le bonheur de voir où ses scènes se passent. Vous êtes allés voir ? Et bien moi, je l’ai fait. Ca marche ! C’est peut-être la seule chose qui marche dans ce roman. Alors, vous recopiez le lien, pas facile, comme sa lecture, et vous tombez sur quoi ? Devinez. Sur des coins de rues, à des milliers de kilomètres d’ici, dans une ville qui n’intéresse personne. Parce que franchement, Lima, depuis Tintin et le capitaine Haddock, on n’en avait pas vraiment entendu parler et ça ne nous avait pas manqué. Mais attendez, le gars, lui, il adore Lima et il n’a pas peur du ridicule. Même les odeurs d’urine à Lima, il les aime, c’est vous dire !
– Si tu permets que je reprenne ce que j’essayais de dire avant que tu ne m’interrompes. Comme le lui dit Raphaël « je ne suis plus quoi à rallonge », le théologien qui aime la gélatine, la foi de Jim, quand il a quitté son agnosticisme de bon aloi, c’est un peu un bric-à-brac à la mode new-age. Et moi aussi j’ai fait des recherches. Vous savez comment ils s’appellent ceux qui croisent un peu de bouddhisme, un peu de catholicisme sans résurrection, un peu d’hindouisme etc ? Ce sont des « spiritualistes ». Mais quel nom horrible ! Autant que ces « expériences de mort imminentes », sur lesquelles Marc Boisson s’étale de tout son long. Tenez-vous bien. Il y a des millions de gens qui sont revenus de la mort pour nous expliquer comment c’était !! Et méfiez-vous des tunnels parce que c’est comme ça que ça commence en général. Donc, si on comprend bien, vous êtes dans un embouteillage dans un tunnel du périphérique… Attention à vous, la mort est imminente !! Ah, ah. Je ne sais pas où il habite Marc Boisson mais il faut qu’il rentre en France !
– Le « bric-à-brac » dont tu parlais, c’est la nature même de ce texte. On ne sait pas ce que c’est. Un roman ? Un essai ? Un témoignage ? Des citations ? Un livre de cuisine ? Un truc ? Un bidule ? On se demande ce qui est lui est passée par la tête à sa maison d’édition. En même temps, l’auteur est malin. Dans un de ses « sommets », vous vous rappelez, il a une nouvelle révélation. Un rêve matinal lui dit qu’il s’appelle Ezema. Du nom de son éditeur, incroyable, non ? Je vais me mettre à rêver « Masque et plume » moi aussi, si ça peut rapporter…
– Et on n’a pas le droit de raconter la fin du roman. Dommage. C’est la fin, par bonheur, mais c’est aussi le comble. Trois victimes. Le lecteur, bien sûr ! Mais aussi l’auteur. On savait déjà qu’il avait pété un plomb mais voilà que son personnage de même ! Il faut juste espérer qu’ils ne reviendront pas de leur mort imminente pour nous gratter les pieds ou achever de nous raser…
– Oui, on n’en a peut-être pas fini avec eux. Je vous rappelle que la petite amie, enfin la vieille compagne de Jim, est partie au Japon. Pas impossible que Marc Boisson commette un deuxième tome où il va s’exclamer sur la bonne odeur des néons de Tokyo !!

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Après avoir été privé du stage si désiré – malheur raisonnable si l’on considère celui de bien d’autres – Jim Rosso a décidé d’émigrer. Il est parti pour l’Argentine, sans savoir qu’il serait suivi quelques années plus tard par ceux qu’il fuyait. Ceux-là mêmes qui sont partis pour servir les dictatures latino-américaines avec la bénédiction du Vatican et parfois la complicité des Etats-Unis.
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Brune Guadalupe

Un régal que d’entendre le Père Brune parler de la Vierge de Guadalupe.

Je pense souvent depuis quelque temps au Père Brune et à la Vierge de Guadalupe pour des raisons que j’expliquerai. Et voilà que je tombe hier sur un post du Dr Charbonier, qui n’est pas un inconnu pour moi mais un personnage de Il est mort Jim. Bouleversant est le terme :

« LE PÈRE FRANÇOIS BRUNE m’a téléphoné hier. Son appel m’a bouleversé.
Il semblait très heureux. Voici ce qu’il m’a dit : « Je t’appelle car je vais bientôt partir dans l’au-delà… »
Suite sur la page Facebook de Jean-Jacques Charbonier.

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Seul chez moi, des questions me taraudent. Difficile de croire que la rencontre avec Jim soit une coïncidence. Le vieux cinéaste a fini par narrer que la voix a déterminé la trame d’un film qu’il a réalisé quarante ans plus tard. Un film qui a eu un certain succès d’estime en 1982 et qu’il a intitulé  Le rêve américain .

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Je reviens du désert

Je reviens du désert. La ville qui s’y étend ne se dévoile pas à première vue. « Il faut lever les yeux au ciel ». Je n’oublierai pas cette réflexion, qui ne se voulait pas figurée pourtant, d’une jeune Française installée dans cette zone frontière.
Quand on est au pied du mur, c’est sans doute ce qu’il faut faire 😉
J’ai appris, il y a déjà longtemps, que le désert ne dialoguait qu’avec ceux, dont je ne suis pas encore, qui savaient s’y arrêter et en contempler les détails.  

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Vers 19 heures, une averse s’abattit sur toute la ville. Le ciel commença à fondre sur l’océan. Les pistes de sable se crevèrent de séries de flaques. Des trombes d’eau déferlèrent sur les tôles des toits, musique éternellement répétée des soirées d’été.
Des gouttes envahirent bientôt la table de rotin sur laquelle étaient disposés les verres de rhum parfumés au citron vert. Nous vîmes que la pluie tropicale allait durer et à regret, nous réfugiâmes dans notre grand salon vide. Après la chaleur accablante de la journée, l’atmosphère devint soudain mieux respirable, comme si un air subitement renouvelé envahissait une pièce trop peu aérée.
On aurait dit que s’étaient déchaînés des éléments trop longtemps contenus. Comme dans l’imminence d’un dénouement, après le long descrescendo de l’averse tropicale, le calme se réinstalla lentement.

Saudações a turma dos estudantes da Unifesp de São Paulo que analisaram essa passagem de Vox Latina.
Marc Boisson

Por volta das 19 horas, uma tempestade se abateu sobre toda a cidade. O céu começou a derreter sobre o oceano. As vias de areia foram perfuradas por uma série de poças. Trombas d’água despencaram sobre as placas laminadas dos tetos, música das noites de verão eternamente repetida. Gotas logo invadiram a mesa de vime sobre a qual estavam dispostos os copos de rum perfumados de limão verde. Vimos que a chuva tropical iria durar e, contrariados, nos refugiamos em nossa grande e vazia sala de estar. Após o calor devastador do dia, a atmosfera tornou-se de repente mais respirável, como se um ar subitamente renovado invadisse um cômodo muito pouco ventilado. Era como se elementos contidos durante muito tempo tivessem se libertado. E assim como na iminência de um belo final, após o decrescendo da tempestade tropical, a calmaria reinstalou-se lentamente. Traduction : Lucia Claro.


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J’ai pris le Circuit des Plages

« J’ai pris le Circuit des Plages. Une brise chaude inondait la voiture. L’odeur de l’océan traînait avec lui sa nostalgie comme si j’étais celui qui partait. Lis-Angela semblait goûter consciemment le paysage. Sans doute disait-elle adieu à Lima. Elle était belle. »   Il est mort Jim

Je ne sais toujours pas ce qui a amené mon personnage Lis Angela au Japon. J’ignore pourquoi je l’y ai envoyée et ce qu’elle y fait. J’ai subitement su qu’elle devait partir et où elle irait. Elle devait le faire et se détacher sans peine ni remords. Le regret serait pour ceux qui restent. La photo que j’ai choisie pour illustrer l’extrait ci-dessus exprime les sentiments de mon narrateur. C’est à la fois son rêve brisé et la désarticulation physique de Lis Angela que son esprit matérialise dans la scène du départ, où il choisit de faire bonne figure devant une décision aussi inattendue qu’inexplicable. 

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L’odeur du café grillé chatouillait le nez. C’était signe avant-coureur du crépuscule à Toamasina. Les hommes au bord des cases revêtaient le lamba traditionnel des courtes soirées qui, faute d’électricité, étaient destinées à mourir à la tombée de la nuit. Avec ce pagne ceint autour de leur taille, ils avaient l’air de rois d’une époque ancienne. Les requins, non loin de là, au creux de l’océan indien, affûtaient leurs crocs dans l’espoir d’un festin vespéral. Les plages luisaient des feux du couchant, annonciatrices du sang que vénèrent les prédateurs. Les échoppes en bois et feuilles de ravenala. brûlaient leurs premières bougies. Des grappes de marcheurs surgissaient de l’obscurité, s’interpellant à l’occasion d’une halte devant l’épicier qui saisissait la bouteille de rhum d’une étagère branlante et servait les habitués. D’autres sortaient de leur poche des sacs en plastique soigneusement pliés dans lesquels on leur versait le kilo de riz du repas du lendemain.

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Un cadre tombe

Au début, il y a un an, et sans raison physique apparente, un cadre est tombé. Ce cadre avait pour mon narrateur une importance particulière. Il y a prêté attention dans la mesure où il avait le lendemain un déplacement quelque peu délicat. Son avion n’a jamais décollé. La compagnie peu loquace a évoqué un problème climatique. Un temps resplendissant s’est pourtant levé sur sa ville lorsqu’il a regagné son domicile.
Mon narrateur, qui a le sens du devoir, a reprogrammé ce voyage la semaine dernière. Le vol n’est jamais parti et jamais on ne lui en a dit la raison.
Les personnes à qui il en a parlé lui ont fortement recommandé de ne pas insister.
Y-a-t‘il des destinations que nous ne devons jamais atteindre ?