Madagascar

« Les traversées des bras de mer ou des rivières sur les bacs à la tombée du soir furent une des plus belles images du périple : le clapotis des perches sur l’eau calme, le profil des rameurs se détachant sur un ciel orangé, la sensation que les véhicules glissaient sur l’eau, le rire des enfants qui nageaient à proximité des petites maisons en bois. »
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Climat d’urgence

Le dérèglement climatique…Une inconnue il y a quarante ans. Une hypothèse il y a 20 ans. Une inquiétude il y a 10 ans. Une échéance à quelques décennies il y a 5 ans. Une criante réalité en 2019. Ses effets ont devancé les prévisions. C’est peu habituel, non ? Mais il y a encore des climato-sceptiques…

Le rouge et le noir

Je repense à la haine et à la peur. J’ai dû abuser des journaux télévisés. Elles me semblent de vraies clefs pour comprendre les dysfonctionnements de cette planète.

Et la première se nourrit de la seconde. Chacun sait que l’inconnu alimente les craintes, et que l’on croit se protéger en le rejetant. Il est plus facile – même si c’est une illusion – de détester la différence que de l’accueillir. Nul autre être que l’homme n’est capable de haïr. Il est donc bien à l’origine de l’état du monde…

La paille dans l’oeil

J’y suis, j’y reste

Je partis un matin de vacarme, celui des camions passant et repassant sous les fenêtres de mon immeuble, s’assurant bien que nous avions le plein de gaz d’échappement tandis que les premiers automobilistes testaient leurs klaxons, comme les pêcheurs à l’aube règlent leurs cannes. J’échangeai bientôt les sirènes des policiers et ambulanciers avec le souffle silencieux du vent dans les cyprès.
J’y étais. J’y serais bien resté.
Jiutepec – Cuernavaca Mexique

 Cliquer sur l'image pour une version animée bien que silencieuse

Uxmal

La dernière cité pré-colombienne de mon séjour au Mexique. Seule Uxmal suffirait à porter haut la dimension touristique du pays, au détail près qu’il y a au minimum une dizaine d’autres cités capables de laisser la même impression inoubliable chez le visiteur. Incroyable Mexique !

Mexico vaut bien une messe

« Nous marchions dans le cloître de l’église de Coyoacán.
Le prêtre ne se rendait sans doute pas encore compte
qu’une affection croissante pour la nécessité de mon
édification religieuse le conduisait à accepter et même
à souhaiter de nouvelles rencontres. Il m’avait demandé
de l’appeler après ma visite de la basilique. « Alors ? ».
Alors, connaissait-il le beau quartier du sud de Mexico,
Coyoacán, littéralement « l’endroit de ceux qui possèdent
des coyotes » ? Le conquistador Hernán Cortés y avait vécu,
pour lequel, je le découvris plus tard, le Père avait une
étonnante inclinaison. Je suggérai que nous pourrions
visiter celle que je considérais la plus belle église de
la ville, si les messes qui s’enchaînaient nous laissaient
un répit. Il considéra, avec l’humour qui le caractérisait,
que Mexico valait bien une messe. »
Marc Boisson, Ca n’intéresse personne, manuscrit, p. 7

Pas moyen

Pas moyen la semaine dernière d’échapper à deux films de série B. Je me trouvais enfermé dans un bus, dans lequel étaient déployés une dizaine d’écrans de télévision à la vue desquels on ne pouvait échapper qu’en détournant la tête vers une vitre défilant une autoroute monotone. Le vacarme du son était lui incontournable. Pour avoir droit à des écouteurs et au silence, il faut voyager dans une catégorie supérieure. Et oui, nous sommes dans un monde où le silence est une donnée commercialisable. Dans le premier long-métrage des voisins du nord, j’aperçus Liam Neeson qui disait au-revoir à sa femme et à son fils. Certes, l’intérieur de la maison, le petit déjeuner et la bonne humeur familiale étaient déjà typiques de la famille « américaine » blanche, moyenne et modélisante. Mais bon, Liam Neeson s’était risqué dans de bons films. Je décidai de le suivre jusqu’à son train de banlieue.
Je l’abandonnai lorsque la typique égérie blonde des coups tordus l’informa qu’une bombe était placée dans le train et qu’elle était sous sa responsabilité. Elle descendit à la station suivante et nous laissa seuls avec un scénario maintes fois rabâché. A la seule vue du train, j’aurais dû me méfier. Il n’y a pas un seul moyen de transport collectif où les héros ne sont pas destinés à s’exercer aux Etats-Unis. A chaque ouverture de mes yeux cherchant le sommeil et à la chute de mes écouteurs tentant de couvrir le son du film, je constatai que le film respectait à la navrante perfection les poncifs du genre : de jeunes femmes noires éplorées, des poursuites dans les wagons, des combats. Le complot était ourdi par des policiers corrompus, tous vaincus par le presque septuagénaire Liam Neeson, sauvant seul l’honneur de la police, dont il était jeune retraité bien entendu. Quand le film se termina, j’inspectai tous les sièges du bus pour vérifier si un apprenti héros s’apprêtait à nous plonger dans un scénario aussi sanglant qu’ennuyeux et édifiant.
Aussitôt le train remisé, les méchants sous les verrous et Liam Neelson rentré chez lui, une mâchoire carrée apparut sur les écrans. Le maire de Chicago était accusé de corruption. Il en devisait avec un de ses vieux amis. Devinez qui il était, un ancien policier naturellement ! Peigné au râteau, la moustache drue et wasp, il était respecté par le puissant édile. La femme de celui-ci avait des traits agréables et plastiques, sa fille identique. Comment avait-elle fait pour hériter en totalité du visage rond et avenant maternel et pas de la face carnassière de son père ? Miracle des séries B américaines et de la chirurgie esthétique. Mais nous dûmes rapidement quitter la villa luxueuse pour nous rendre à la mairie où de jeunes copies conformes du maire échangeaient trahison et propos stéréotypés. La femme blonde du train réapparut avec quelques années de moins et des lunettes et, ô surprise, on ne savait pas si elle avait plongé dans le mal ou si, forte de la fréquentation d’une église évangéliste, elle versait dans le bien. A quelques pauses du vacarme, je m’interrogeais sur la navrante solitude d’un passager qui prendrait cette route avec régularité et avec non moins de constance, devrait répéter ces kilomètres de pellicules.

Défi des années

Etrange concert dans le Jardin du Luxembourg – Paris

Dans ses Histoires magiques de l’histoire de France, le journaliste Guy Breton narre la rencontre improbable survenue en 1925 au jardin du Luxembourg entre un étudiant en médecine, Jean Romier, et un vieil homme en redingote. Ils se mettent à parler musique et en particulier de Mozart, une passion commune, puis le vieil homme propose à l’étudiant de venir le vendredi suivant à 21 heures écouter un concert privé de musique de chambre du célèbre compositeur dans son appartement dont il lui donne l’adresse, ainsi que son nom, Alphonse Berruyer. Le soir dit, le jeune homme se rend sur place et passe une merveilleuse soirée en compagnie de gens qu’il trouve cependant étranges : ils sont habillés à la mode du siècle précédent, s’éclairent au gaz et ont tous le teint pâle et les traits figés, comme s’ils étaient en cire…

Il prend congé à minuit mais réalise dans la rue qu’il a oublié son briquet en or. Il remonte et sonne, puis frappe, mais pas de réponse. Le voisin furieux lui demande ce qui se passe, et explique au jeune homme qu’Alphonse Berruyer est mort en 1905 et que l’appartement est vide depuis vingt ans ! On le prend pour un cambrioleur, mais quand il est ramené sur place en présence de l’actuel propriétaire, descendant de Berruyer, il reconnaît l’appartement complètement empoussiéré et est surtout capable de nommer plusieurs personnes sur les photos en donnant des détails à propos de chacun, qui se révèlent exacts. Le plus incroyable est qu’il retrouve son briquet là où il l’avait laissé quelques heures plus tôt, mais recouvert de poussière comme le reste du mobilier !
Magazine Inexploré Hors série numéro 7 INREES

Il est des jours…