D’abord, d’abord

Je n’aime pas les sports d’hiver. Et d’ailleurs je ne comprends pas les gens qui font semblant de trouver ça étrange. Parce qu’enfin, je ne vois pas ce qui plaide en faveur de la transhumance hivernale. D’abord, les stations sont moches, déprimantes même ; ces chalets, mélange de bois et de fer, ces appartements à l’odeur de moisi où s’entassent les joyeux ovidés dans des conditions qu’ils ne souffriraient pour rien au monde dans d’autres circonstances. Et le sommet, si l’on peut dire, sont les remonte-pentes. Les files d’attente, au milieu de gens en dangereux déséquilibre, brandissant leurs bâtons sans vergogne et toujours prêts à enfoncer leurs skis dans ceux de leurs malheureux congénères, avant d’être happés par la chose métallique. Quelle belle image de l’inutilité !
Marc Boisson, Vox Latina, version complète
#voxlatinamarcboisson

Huiles et béquille🎤

De retour en France, j’ai repris l’écoute des nouvelles. Les grèves m’y ont conduit, si on peut dire. Il faut bien savoir le matin à quelle sauce d’absence de transports on va être mangé.
Les entretiens des journalistes avec les hommes politiques, après un sevrage volontaire de plusieurs années, et que je reprendrai sans doute bientôt, m’impressionnent et m’amusent. L’Ecole Nationale d’Administration ou ses proches succédanées sont passées par là. Le verbe est habile, bien huilé. Il est « agrémenté » d’une béquille dont je ne me souvenais plus. Régulièrement, l’homme ou la femme politique interpelle son interlocuteur par son nom complet : « Mais Alicaste Décapant, bien sûr Nala Petitsalé, vous voulez dire, Abdallah Debout, que… ». Hormis le fait qu’en Amérique Latine ce serait chose impossible car les noms de famille sont tellement longs que leur mention répétitive ne laisserait aucune autre place à l’interview, quelles sont les vertus de ces éléments de langage, me demandè-je ? Une reprise de souffle, la recherche de complicité avec son vis-à-vis, un meilleur ciblage des vindictes ?

Une mystérieuse rencontre

 A la fin de la journée, nous observâmes le ciel qui s’obscurcissait. « Tu vois que tu n’as pas de raison d’avoir peur. La mort, ce n’est pas autre chose. Demain tu te réveilleras. Demain tu t’éveilleras. » Alors que nous traversions un hameau, juste avant l’arrêt de l’étape du jour, il prit subitement congé. Un ami l’accueillerait pour la nuit. Je n’eus pas le temps de lui poser de question sur son itinéraire. Il accéléra suffisamment le pas pour signifier son départ et dans le virage, se retourna « Au revoir Ezema, me dit-il. N’oublie pas de visiter l’Eglise Santa María de Eunate ». Je me souviens que des fougères, sur le bord de la route, frémirent lorsqu’il s’éloigna.
version complète de IeMJ
#ilestmortjimmarcboisson

Son chapeau me croisa

Extrait du manuscrit du roman Ca n’intéresse personne, lu par l’auteur.

Un pied sur le sol glacé

Elle saisit sans effort sa lourde valise. Son imperméable à la main, elle descendit les marches du train. Ensuite, face à ce quai de Strasbourg qu’elle connaissait si bien, elle s’arrêta. Son combat intérieur était assez bien incarné par ce lieu, qu’elle aimait et détestait à la fois. Un endroit froid, battu par les vents et empli de bruits stridents. Ça sentait le tabac des nuits sans sommeil et c’était aussi le point névralgique de leur histoire. Elle pressentait déjà quel souvenir il deviendrait pour tous les deux. Comme dans une séquence de films, au moment même où elle descendit du wagon et mit le pied sur le sol glacé, elle l’aperçut derrière un groupe de voyageurs, à quelques mètres, qui s’éloignait. Il resta seul, immobile, l’observant.
Marc Boisson, Vox Latina, version complète
#voxlatinamarcboisson

Non merci 🤨

Certaines expressions sont comme des enclumes qu’il faudrait faire passer par le tube digestif.
Lorsque j’entends le généralement bien intentionné « Bon courage ! », je suis aussitôt dissuadé. Il faut dire que même les loisirs sont susceptibles de recevoir cet encouragement anachronique, par je ne sais quelle utilisation mécanique de la langue française.

Heureusement Bach

Il faudrait administrer une dose de baroque à tous les Français. Ne serais-je pas plus rigide encore, intransigeant et obstinément incrédule si mon régime de vie n’avait pas été agrémenté de quelques années en Amérique Latine ?  J’aimais heureusement Bach et ses contrepoints, cette profondeur duale et rythmée qui m’avait peut-être fait percevoir d’autres horizons que ceux de la répétition de mon quotidien. Au-delà de mes jours, il y avait d’autres espaces. On ne peut sans doute avancer qu’un tout petit peu vers l’absolu pendant notre humaine condition. Je m’y étais le mieux engagé que je pouvais, préludes et fugues à l’oreille et Eldorados latinos en vue.
version complète de IeMJ
#ilestmortjimmarcboisson

Vœu de n’en faire aucun

Les années
commencent à former
un amas conséquent et force m’est
de constater que les vœux à moi-même
constituent la première pensée inutile de l’année.

Vive le lâcher-prise en 2020 !

A qui en parler ?

A qui en parler ? Je décidai une publication sans commentaire et fis de la prise de vue la plus lointaine la bannière de ma page Facebook. L’image ne fit l’objet d’aucune question, d’aucune remarque. Il est vrai que ce n’était pas celle d’un visage quelconque de mon quotidien, ces photos qui aussitôt déclenchent l’obligatoire « like » du catalogue d’étalage personnel qu’est Facebook et un commentaire non moins de mise sur la qualité plastique de la personne dans le cadre du consensus affectif qui y prévaut.
Marc Boisson, Ça n’intéresse personne, manuscrit
#çaninteressepersonne 

La traversée de Paris

25 décembre 10H48
Parisien partant au travail, sac à dos bien arrimé pour une longue marche.
Il s’agit d’arriver à l’heure au travail le 26 décembre

                            Joyeux Noël !