Attention pensée !

Certaines de mes lectures convergent, depuis un certain temps déjà, vers l’idée que nos pensées sont créatrices. Je ne parle pas du sens commun de cette expression mais de la conception qu’une pensée négative aurait autant d’effet qu’un acte sur notre « empreinte karmique ».

On devrait se repentir d’un passage à une parole blessante ou à une action dommageable mais aussi de l’imagination préalable que nous en avons eu, même si nous nous sommes retenus d’aller plus loin que le bouillonnement de notre cerveau.

Je proteste. C’est un procès d’intention ! Je n’en dirais pas plus mais je n’en pense pas moins (malheureusement, je le crains).

Le passé est passé ?

Je retrouve un vieux manuscrit que j’avais perdu et il n’est plus le même. C’était l’époque où on utilisait encore sa main pour écrire, alors il a un peu jauni. Et son contenu a aussi changé. Un paragraphe s’est ajouté, des fautes d’orthographe sont apparues. C’est un autre texte, une autre personne qui l’a rédigé.
J’aime bien l’idée que le seul passé immuable est celui qu’on a récréé. Celui qu’on a laissé derrière soi n’est pas le même.

 

Ce pont de bois, à la beauté moussue et vermoulue, existe-t-il dans mon imagination ou l’ai-je laissé tel quel, un jour, quand je l’ai emprunté et gravé dans ma mémoire ?

Les yeux ouverts

« Le plus beau sentiment du monde, c’est le sens du mystère. Celui qui n’a
jamais connu cette émotion, ses yeux sont fermés »
Albert Einstein

Manuscrit

« Les mots d’Oz allaient s’imprégnant à ma vue qui se brouillait. Ils étaient des allers directs vers une triste journée du premier siècle de notre ère. Ils faisaient heurter ma tête sur le bois de la croix. Je n’osais lever les yeux vers l’inadmissible crucifixion, ne pouvais les baisser devant l’intolérable souffrance d’une mère. J’espérais que je n’entendrais pas l’adresse finale du Christ à son père que je pressentais que je ne pourrais supporter. »
Ça n’intéresse personne, manuscrit
#çaninteressepersonne

São Paulo – Mexico – Paris

J’ai presque l’impression d’être à la campagne à l’issue du marathon des mégalopoles. Comme quoi, tout est question de point de vue.

“Il faisait chaud dans le compartiment. Anna sourit à l’éclairagiste quand il éteignit les spots qui l’aveuglaient. Le metteur en scène paraissait satisfait de la prise et annonça que ça suffisait. Ils purent tous rentrer à l’hôtel. Elle dîna avec l’équipe puis s’en alla. De sa chambre, elle voyait, immense, la cathédrale qu’elle connaissait bien. Elle resta longtemps à la contempler.
Elle pensait au film et se demandait comment serait la scène qu’elle venait d’interpréter. Le cinéaste avait dit qu’il ajouterait une voix off – un monologue intérieur dit par elle-même. Le film était loin d’être une superproduction. Il s’appelait Le rêve américain. Elle n’avait pas aimé le titre avant d’en comprendre le sens.”
http://www.marcboisson.fr/vox-latina-version-complete/
#voxlatinamarcboisson

Je n’aime pas les ronds-points

Je préfère d’emblée dévoiler la vérité, aussi choquante soit-elle. Je n’aime pas les ronds-points. Ce n’est pas rendre hommage à leur succès, je le sais bien. Ils ont poussé à tel point qu’il n’est plus possible, en France, de suivre une ligne droite avec sa voiture. De plus, de réels efforts sont faits pour en faire des musées fleuris, des statues dont le bon goût ne peut être nié, tantôt des Don Quichotte apeurés de rouiller dans le métal ou des hommages de bois à des spécialités locales. Et ils sont festifs. Leur multiplication donne le tournis, au sens propre. On est entraînés dans leurs lacets successifs comme dans un grand-huit.

Feux de l’amour

« Si tu n’as pas su aimer, alors tu peux t’en aller »
Le taxi a démarré.

« Eloigne-toi. On n’a plus rien à se dire »
Premier coup de klaxon.
« Toi, intensément toi »
Un feu rouge.
« Je t’aime, sans toi je meurs »
Rue à gauche, premier embouteillage.
« Tu peux recouvrir ton dos de ma douleur »
Avenue. File interminable de véhicules en vue.
« Ne pas être avec toi me fait du mal »
La destination est encore à cinq chansons romantiques que distribue généreusement l’auto-radio.

Le sympathique chauffeur mexicain me souhaite une excellente journée, convaincu qu’il l’a allégée avec de douces chansons. Il ne s’est pas rendu compte que la tonne de sucre qui s’écoule de ses portières n’aide pas en m’en extraire.

Les 3 M

J’ai eu le bonheur de me trouver à proximité de constructions dans les trois pays, en dehors de la France, où j’ai vécu le plus longtemps. Ce qui m’étonne, c’est qu’à chaque fois, j’ai bénéficié du vacarme assourdissant et constant de trois outils différents. Il semble qu’à Madagascar, on construise les maisons uniquement avec une massue, au Brésil au marteau-piqueur et au Mexique à la meuleuse. Mais il est possible que je me trompe et que ces sons ne soient intervenus que pour agrémenter mon quotidien.
Je rends hommage à ces instruments qui ont eu la gentillesse de m’accompagner.

 

Pas de quartier

Mes pas m’ont mené dans le même quartier pendant quatre années. Parcourant le même tronçon matin et soir, des vies se déroulaient devant moi. Une manière particulière de connaître des gens auxquels je n’ai jamais parlé : la fille que je retrouvais dans les commerces de la rue, éphémère embauchée. Entre deux papillonnages, elle se réfugiait près de la carriole du vendeur de petits déjeuners. L’homme qui postait sa moustache et son tranquille embonpoint devant le magasin d’encadrements où les clients que j’ai aperçus se comptaient sur les doigts d’une main. Les deux vendeuses évincées de leur coin de rue et réfugiées dans l’embrasement d’une porte un peu plus loin. Le couple âgé à la guérite de friandises, que je voyais repartir à 20H, main dans la main, épaulant leur fatigue vers un domicile lointain. Ce sont les vrais habitants de la rue, ceux qui la font vivre jour après jour et qui en sont bannis le soir venu…