Cette fois-ci, Jim est bien mort.

– Le roman Il est mort Jim. L’auteur s’appelle Marc Boisson. C’est son troisième roman, je crois. Vous avez aimé ?
– C’est une mauvaise nouvelle que tu nous donnes là. Son troisième roman. Tu n’as pas l’intention de nous demander de lire ses deux premiers ? Parce que voyez, je croyais que Jim était mort, qu’on n’en entendrait plus parler.
– Oui, Jim meurt dès la première ligne. On s’en croyait libérés. Et bien non, depuis je ne sais quel au-delà, il faut encore le suivre pendant plus de 300 pages. Et moi, je vais vous dire, je préférais le Jim agnostique du début du roman. On voit bien les intentions de l’auteur. L’évolution de son personnage de l’incrédulité vers la foi. Et pas n’importe quelle foi. J’ai fait des recherches. Comme le dit un de ses interlocuteurs dans le roman -un théologien, Raphaël, je ne sais plus quoi, qui a un nom à rallonge – c’est un vrai plat composé.
– En parlant de plats, on n’ignore plus rien de la cuisine péruvienne lorsqu’on arrive enfin à la fin du livre. Je déteste ces auteurs qui décrivent ce que leurs personnages mangent ou boivent. D’ailleurs, ce roman est un peu un livre de recettes. Ce roman. Voyons, est-ce un roman ? J’y reviendrai. Oui, un livre de recettes. Il passe les plats qu’on aimerait nous-mêmes passer. Passer par dessus, si vous voyez ce que je veux dire. Vous avez remarqué la quantité de notes en bas de pages ? Et pas seulement pour nous expliquer la recette de la gélatine. C’est truffé de références. Impossible de lire ce livre en continu. Attendez, je rêve. Boisson nous donne même des liens de Google maps pour qu’on ait le bonheur de voir où ses scènes se passent. Vous êtes allés voir ? Et bien moi, je l’ai fait. Ca marche ! C’est peut-être la seule chose qui marche dans ce roman. Alors, vous recopiez le lien, pas facile, comme sa lecture, et vous tombez sur quoi ? Devinez. Sur des coins de rues, à des milliers de kilomètres d’ici, dans une ville qui n’intéresse personne. Parce que franchement, Lima, depuis Tintin et le capitaine Haddock, on n’en avait pas vraiment entendu parler et ça ne nous avait pas manqué. Mais attendez, le gars, lui, il adore Lima et il n’a pas peur du ridicule. Même les odeurs d’urine à Lima, il les aime, c’est vous dire !
– Si tu permets que je reprenne ce que j’essayais de dire avant que tu ne m’interrompes. Comme le lui dit Raphaël « je ne suis plus quoi à rallonge », le théologien qui aime la gélatine, la foi de Jim, quand il a quitté son agnosticisme de bon aloi, c’est un peu un bric-à-brac à la mode new-age. Et moi aussi j’ai fait des recherches. Vous savez comment ils s’appellent ceux qui croisent un peu de bouddhisme, un peu de catholicisme sans résurrection, un peu d’hindouisme etc ? Ce sont des « spiritualistes ». Mais quel nom horrible ! Autant que ces « expériences de mort imminentes », sur lesquelles Marc Boisson s’étale de tout son long. Tenez-vous bien. Il y a des millions de gens qui sont revenus de la mort pour nous expliquer comment c’était !! Et méfiez-vous des tunnels parce que c’est comme ça que ça commence en général. Donc, si on comprend bien, vous êtes dans un embouteillage dans un tunnel du périphérique… Attention à vous, la mort est imminente !! Ah, ah. Je ne sais pas où il habite Marc Boisson mais il faut qu’il rentre en France !
– Le « bric-à-brac » dont tu parlais, c’est la nature même de ce texte. On ne sait pas ce que c’est. Un roman ? Un essai ? Un témoignage ? Des citations ? Un livre de cuisine ? Un truc ? Un bidule ? On se demande ce qui est lui est passée par la tête à sa maison d’édition. En même temps, l’auteur est malin. Dans un de ses « sommets », vous vous rappelez, il a une nouvelle révélation. Un rêve matinal lui dit qu’il s’appelle Ezema. Du nom de son éditeur, incroyable, non ? Je vais me mettre à rêver « Masque et plume » moi aussi, si ça peut rapporter…
– Et on n’a pas le droit de raconter la fin du roman. Dommage. C’est la fin, par bonheur, mais c’est aussi le comble. Trois victimes. Le lecteur, bien sûr ! Mais aussi l’auteur. On savait déjà qu’il avait pété un plomb mais voilà que son personnage de même ! Il faut juste espérer qu’ils ne reviendront pas de leur mort imminente pour nous gratter les pieds ou achever de nous raser…
– Oui, on n’en a peut-être pas fini avec eux. Je vous rappelle que la petite amie, enfin la vieille compagne de Jim, est partie au Japon. Pas impossible que Marc Boisson commette un deuxième tome où il va s’exclamer sur la bonne odeur des néons de Tokyo !!