IeMJ Lecture Episode 97-Chap 15

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Vox Latina

Voilà que ma vie ressemble à un scénario, duquel un accident de moto est le nœud dramatique. L’inexistence d’Inès fait des dix-sept dernières années une fiction. Il faut maintenant comprendre pourquoi mon cerveau m’a alerté lorsque Jim m’a parlé de la phrase qui l’obsède. Je pense à Jim. Comment se fait-il que l’auteur de ce film que j’ai tant adulé habite dans le même village que moi ? Jim, le réalisateur du Rêve américain, qui a sans doute saisi depuis longtemps ce qui m’arrive…

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La guerre d’il y a cent ans

J’écris ces lignes le 11 – 11. La « grande » guerre s’est achevée il y a cent ans.
Je vois devant moi un jeune homme qui, pierre par pierre, démonte sa maison. Il est en bras de chemises, il ne parle à personne. Il est revenu de la guerre et on ne le reconnaît plus. Ses parents sont morts. C’est leur héritage qu’il fait disparaître. Celui qui deviendra son seul ami, « une gueule cassée », l’observe. C’est de l’intérieur que le jeune homme est brisé.
Dans le roman de Pierre Magnan*, une sombre histoire antérieure à la guerre explique son attitude.
Mais je vois cette destruction systématique, obstinée, comme une métaphore de cette guerre de tranchées où des hommes ont été transformés en chairs à assauts. Plus de fondements, que des renfoncements. L’horreur de devoir attaquer toujours, s’extraire des tunnels où des mois durant, ils cohabitaient avec les rats, pour courir vers des lignes ennemies, où des jeunes gens, aussi apeurés et peu coupables qu’eux, devaient leur prendre leur vie.

*Pierre Magnan, La maison assassinée, Gallimard, 2015

 

IeMJ Lecture Episode 96-Chap 15

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Vox Latina

L’exil est encore plus cruel quand on sait que l’on ne retrouvera jamais son pays tel qu’on l’a laissé. Il n’y a plus rien là-bas qui ressemble à mon enfance, une tombe pour mon père et des soldats qui sont les seuls touristes de la belle forêt noire. Ici, il ne pleut jamais, les rues des quartiers populaires sont pleines de sable et l’unique végétation pousse dans les jardins privatifs, auquel seul l’argent donne accès. L’hiver, l’océan et le ciel forment un magma gris ; il ne fait pas froid mais l’humidité nous transperce dans les maisons jamais chauffées. L’exil, c’est quand à chaque instant on se dit qu’on voudrait rentrer chez soi, qu’on cherche des paysages qui évoquent le passé et qu’on ne reconnaît rien, quand la vue du désert nous serre la gorge, quand on a mal de ne plus pouvoir parler sa langue…

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Tintements dans la nuit

Je lis Le Meurtre du Commandeur, le dernier opus d’Haruki Murakami. J’aime beaucoup, à l’égal de la grande majorité de ses livres et comme de fidèles et nombreux lecteurs aux quatre coins du monde. Le tome 1 s’appelle Une idée apparaît. D’emblée, cela donne envie de s’engouffrer dans les lignes du subtil écrivain japonais.
Plusieurs nuits de suite, à deux heures du matin, dans la maison perdue que lui a prêtée le fils d’un étrange peintre, il entend des tintements de clochette. Il n’y a pas de doute possible. Ils proviennent d’un monticule surmonté de lourdes pierres quelque part dans le jardin.

IeMJ Lecture Episode 95-Chap 14

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Vox Latina

Pour l’après-midi passé à l’église Santa Imaculada, par exemple, ils ajoutèrent un commentaire qui expliquait que l’Armée envoyait ses amazones pour lutter contre la pauvreté. Au même moment, défilaient les images de la grosse Gómez de Morales marchant avec précaution au milieu des détritus du quartier populaire.Folie de jeunesse. Les deux apprentis-cinéastes étaient si heureux de leur blague qu’ils n’en prévirent pas les conséquences…
Jamais Jim n’avait imaginé que le film serait présenté avec une telle pompe au ministère de la Défense. La grande salle du cinéma était décorée de drapeaux bleus et blancs. On aurait dit que la nation entière attendait ce moment.

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Tirs vers le bas

La haine a aussi ceci d’étrange qu’elle conduit celui qui la porte à accepter de se punir lui-même en l’exerçant contre l’autre.
La politique est un terrain privilégié de ce phénomène. Des élections récentes ou antérieures le montrent. Nombreux sont ceux qui préfèrent le pire des systèmes, populisme musclé ou dictature dont l’histoire du vingtième siècle ne nous a pas épargné les dramatiques épisodes, pourvu qu’elle écrase la partie honnie de la population.
Et cette détestation n’est-elle pas fabriquée de toutes pièces ?

IeMJ Lecture Episode 94-Chap 13

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