IeMJ Lecture Episode 100-Chap 15

 

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Vox Latina

L’odeur du café grillé chatouillait le nez. C’était signe avant-coureur du crépuscule à Toamasina. Les hommes au bord des cases revêtaient le lamba traditionnel des courtes soirées qui, faute d’électricité, étaient destinées à mourir à la tombée de la nuit. Avec ce pagne ceint autour de leur taille, ils avaient l’air de rois d’une époque ancienne. Les requins, non loin de là, au creux de l’océan indien, affûtaient leurs crocs dans l’espoir d’un festin vespéral. Les plages luisaient des feux du couchant, annonciatrices du sang que vénèrent les prédateurs. Les échoppes en bois et feuilles de ravenala. brûlaient leurs premières bougies. Des grappes de marcheurs surgissaient de l’obscurité, s’interpellant à l’occasion d’une halte devant l’épicier qui saisissait la bouteille de rhum d’une étagère branlante et servait les habitués. D’autres sortaient de leur poche des sacs en plastique soigneusement pliés dans lesquels on leur versait le kilo de riz du repas du lendemain.

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Un cadre tombe

Au début, il y a un an, et sans raison physique apparente, un cadre est tombé. Ce cadre avait pour mon narrateur une importance particulière. Il y a prêté attention dans la mesure où il avait le lendemain un déplacement quelque peu délicat. Son avion n’a jamais décollé. La compagnie peu loquace a évoqué un problème climatique. Un temps resplendissant s’est pourtant levé sur sa ville lorsqu’il a regagné son domicile.
Mon narrateur, qui a le sens du devoir, a reprogrammé ce voyage la semaine dernière. Le vol n’est jamais parti et jamais on ne lui en a dit la raison.
Les personnes à qui il en a parlé lui ont fortement recommandé de ne pas insister.
Y-a-t‘il des destinations que nous ne devons jamais atteindre ?

IeMJ Lecture Episode 99-Chap 15

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Vox Latina

Une autre gare, avec ses bruits familiers mais pour ainsi dire ouatés, fruit de tant de vécus semblables, de tant d’allers-retours ferroviaires qui marquaient cette semi-émigration dans un pays si proche et en même temps si éloigné.

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Miserere mei Deus

TENEBRAE

Volutes vocales et légèreté du poids des siècles.

IeMJ Lecture Episode 98-Chap 15

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Vox Latina

– Ne vous inquiétez pas si vous n’avez jamais entendu parler de moi. Je ne suis connu que des vieux cinéphiles.
Malgré sa remarque, son nom me paraît étrangement familier. Pourtant, j’ai beau chercher : ses traits ne me disent rien.
Son visage est fin et régulier, le nez droit, la bouche bien dessinée, le regard vif. Il y aurait des habitants intéressants dans ce village !
Il est petit pour les canons de la fin du siècle et comparé à moi, qui mesure presque deux mètres. Dans sa jeunesse, son mètre soixante devait le situer dans les tailles moyennes. Vu ses rides et ses cheveux blancs, il doit approcher les quatre-vingts ans.

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Tu vois ce que je veux dire ?

Attention, un nouveau tic déferle. Il peut survenir au coin de la moindre conversation. Vous êtes tranquillement installé(e), et tout à coup l’interpellation tombe. « Tu vois ce que je veux dire ? ». Aux premières heures de l’assaut, vous répondez encore. Il faut dire que le « Tu vois ce que je veux dire ? » conclut plus d’une fois qu’à son tour un argument qui est loin de provoquer une embolie de vos neurones. Vous répondez par l’affirmative. Vous ajoutez parfois que vous comprenez à peu près ce que votre interlocuteur vous dit. L’ironie fait  flop. Une phrase plus tard, la question retombe. Ne pas s’énerver. Non, le locuteur ne pense pas (nécessairement) que votre cerveau est associé à celui d’une huitre. A votre réplique : « Oui, je vois bien ce que tu veux dire. Ce n’est pas très compliqué à comprendre », votre interlocuteur écarquille les yeux et doit reprendre son souffle pour, une ou deux phrases plus loin, vous redemander si vous voyez ce qu’il veut dire. Au bout de la cent-et-unième sentence, vous vous rendrez compte que le tu-vois-ce-que-je-veux-dire n’appelle pas de réponse.
Le « du coup » avait cette « horripilance » de l’accumulation harassante. On pouvait au moins se laisser bercer par la torpeur de son abus, sans la secousse de l’illusion de l’attente d’une réponse.
Mais l’imparfait est bien optimiste. « Du coup » n’a pas disparu avec l’invasion du tu-vois-ce-que-je-veux-dire.
Va-t-on vers une société qui monologue, à l’image de la virtualité des réseaux sociaux ?

Voyez-vous du coup ce que je veux dire ?

IeMJ Lecture Episode 97-Chap 15

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